15.05.2006
L’Espagne, ses Morisques et nous, de Maria Poumier
Dans un contexte de tensions communautaires, certains cherchent à raviver l’image d’une Espagne féroce, celle qui non seulement a chassé ses juifs en 1492, mais aussi ses musulmans en 1609, l’Espagne comme bastion d’un nationalisme et d’une église catholique alliés pour projeter une image repoussante, faite d’intolérance, de hargne délirante, de morgue colonialiste, au dedans comme au delà de ses frontières : en somme une maquette du lepenisme le plus ringard, qui se trouve, par l’effet de ce miroir, encore plus stigmatisé par son enracinement dans l’archaïsme. Mais la politique de conversion forcée des juifs fut adoptée par la majorité d’entre eux, et les nouveaux convertis restèrent très influents dans les cercles dirigeants, au point d’être particulièrement actifs au cœur de l’Inquisition elle-même. On estime à 200 000 les juifs qui choisirent l’expulsion plutôt que la conversion ; ce nombre n’a de sens que par rapport à l’ensemble de la population de l’Espagne, dont il ne constituent pas plus de 3,3%, et par rapport au nombre de ceux qui acceptèrent le baptême, 400 000[1].
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Sur l'expulsion des morisques
Le modèle moderne de ces persécutions racistes fut établi dès 1609 en Espagne avec l’expulsion des morisques, ces musulmans convertis de force au catholicisme lors de la prise de Grenade, en 1492, la même année où les juifs étaient chassés du pays.
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